Faire CORPS avec soi et les autres
Stanley Torvic
11/16/2025


De la poésie brute, des rythmes psychédéliques et une énergie électronique qui pulse comme un cœur affamé. Avec CARNIVORE, son premier album, CORPS ne se contente pas d’affirmer une identité singulière, il la déploie, il la projette, il la fait vibrer jusqu’à l’étourdissement. C’est un artiste qui avance les yeux ouverts, sans crainte, sans détour. Il sculpte des textes crus où s’entrelacent l’amour et la vérité, comme si chaque mot cherchait à toucher la peau de l’âme.
Son univers avant gardiste fouille les trémas de l’intime et exhume tout ce qui murmure derrière les silences. Il explore les relations humaines, le rapport au corps, la douceur comme la violence des regards que l’on porte sur soi et sur les autres. Il expose ce qu’il y a de lumineux et révèle ce qu’il y a de sombre, toujours avec une intensité qui dérange autant qu’elle captive.
CARNIVORE, un album qui avale les faux semblants et renvoie en écho une introspection générale.
Lors d’un précédent projet, il avait accepté de répondre à mes questions. Un échange d’une sincérité rare, dense, presque nécessaire. Des mots qui avaient dormi dans l’ombre et qui pourtant demandaient à voir le jour. Aujourd’hui, ils trouvent enfin leur place, portés par l’élan de CARNIVORE et par l’évidence qu’ils avaient toujours mérité d’être partagés.
CORPS - INGÉNUE

C’est un album que tu as décidé de tourner autour des corps, du sexe, de l’amour et la mort. Pourquoi avoir pris cette nouvelle DA pour ce nouveau projet ?
Je pense que j’ai inconsciemment voulu faire un condensé d’une période de ma vie. Je parle de la post-adolescence surtout, la construction et la destruction des relations humaines, amoureuses. Par rapport au premier EP CORPS qui est beaucoup plus abstrait. Avec CARNIVORE il y a une écriture beaucoup plus crue et directe. J’avais cette envie qu’on puisse comprendre mes propos et que je ne sois pas le seul à comprendre mes textes. Au premier EP je ne cherchais pas à ce que l’on comprenne, c’était plus de la poésie. Là, je retranscris des choses qui se passent dans la vraie vie. On se prend des coups de poings sans s’y attendre vraiment. Il y a le côté frontal que je voulais reproduire.
Ton titre ANTICORPS fait partie de ceux qui m’ont percuté. Il fait référence à quoi exactement ?
C’est plus à la censure des corps sur les réseaux sociaux notamment, et la manière dont les autres donnent un avis sur le corps des autres. La manière dont le corps est publicité, on conditionne les gens à penser et à voir une certaine norme, je parle surtout de ça. La manière dont on nous a imposé ce culte du corps parfait, musclé, svelte. Je parle aussi des détracteurs, des haters, des gens qui s’acharnent, du harcèlement sur le corps. J’accuse ces gens-là. Pour moi ce sont des "anticorps". Ce sont ceux qui émettent des avis sur le corps des autres, les médias, les réseaux qui imposent des règles de censures…
Récemment tu as été directement censuré par la plateforme YouTube, qui a retiré bon nombres de tes clips, bien longtemps après leur publication en plus. Que s'est-il passé ?
C’est ça, j’ai voulu re-uploader un clip sur la chaîne de mon ancien label. Ils ont supprimé ce clip là et la totalité globale de ma chaîne. C’est irréversible parce que lorsque j’ai voulu faire appel de cette décision, ils m’ont totalement supprimé mon compte. J’ai perdu mes musiques, mes abonnés…
Et tu as eu des explications par rapport à ça ?
J’ai juste eu un message automatique comme quoi je publiais des contenus explicites, inappropriés, sexuels. C’est assez hypocrite de la part de ce géant américain car il y a des contenus très violents sur YouTube, plus de choses qui pour le coup, devraient être censurées et qui ne le sont pas. Pourtant, pour quelques tétons, ils censurent mes créations. Mes clips ne sont pas pornographiques.
CORPS - DÉFONCÉ

Dans le titre DÉFONCÉ, il y a les paroles "j’ai proposé une pipe à une femme de chambre étoilée", c’est une référence assez claire à Dominique STRAUSS KAHN, pourquoi avoir fait un clin d’oeil à cette affaire ?
Tout simplement parce que DÉFONCÉ est un titre qui tape un peu sur tout. C’est l’être humain dans tout ce qu’il y a de pire. C’est comme une sorte de critique de la société où je me demande si on était pas tous défoncés par nature ?
Et puis il y a ce moment où tu dis "j”ai oublié de vivre, pour tenter d’exister"... Dans quel sens ici ?
C'est quand on essaie d’être quelqu’un d’autre. C’est à dire qu’on oublie souvent notre propre vie pour tenter d’en avoir une autre. Ça peut aussi faire référence à la musique où beaucoup de gens galèrent pour faire connaître son projet. Il y a aussi une sorte de travestissement dans la musique dans le sens où on se construit un personnage… Finalement on en oublie souvent l’essence et d’exister soi-même. C’est pas forcément en rapport avec la musique mais c’est un exemple concret.
Du coup dans les titres, beaucoup de choses sont liées. Vu d’un premier écho, on a l'impression que les paroles sont déconstruites, pourtant on a un album qui est à la fois implicite et explicite. Il y a cet univers très BDSM, vu dès la sortie du premier clip INGÉNUE. Quels ont été les retours ?
Les gens ont été surpris. Sur le premier EP on ne voyait pas mon visage, on n’a jamais su combien il y avait de personnes dans le projet. Et Ingénue c’est le morceau le plus positif de l’album, celui qui est sorti en premier. C’était un peu prendre les gens à contrepied. Ça avait l’air d’une musique pop-gentille, pourtant au deuxième titre, on se rend compte qu’il est beaucoup moins gentil. C’est cette idée de capture, de froid-chaud, de rupture aussi que je voulais instaurer jusqu’à la stratégie de la sortie de l’album.
Tu as très bien travaillé les mots, jusqu’aux derniers de ce projet, avec la mort. Il y a aussi cette constante du mot "corps" que l'on retrouve partout. C’est pour mettre finalement le corps au centre des choses ?
Exactement. C’est un mot qu’on retrouve dans tous les morceaux mais c’est parce que c’est le thème du projet.
Et pourquoi avoir choisi “CORPS” comme nom de scène et ne pas avoir gardé votre vrai nom ?
Pour moi, c’est le côté anonyme du corps, universel. Ce qui me plaisait aussi c’est qu'il s’agit d’un mot à la fois singulier et pluriel. Il y a cette dualité entre le seul et le tous. C’est un mot qui me représente et je trouve ça intéressant.






