Eco da Baía, le Brésil intime de Tiago Caetano

D'ÂME À ÂME

Stanley Torvic

1/11/202615 min temps de lecture

À la croisée des cultures, Tiago Caetano dévoile Eco da Baía, un album profondément ancré dans la musique populaire brésilienne (MPB) et nourri de son héritage culturel et familial.

Rennais aux racines brésiliennes et portugaises, l’artiste nous entraîne dans un voyage au-delà des frontières. Tiago Caetano raconte son intimité avec le Brésil, comme un chant murmuré au bord des récifs de Rio, bercé par les vagues de l’Atlantique. Au rythme de la MPB, on traverse les messages, les rêves, les cultures et les luttes. Fils d’immigrés, Tiago nous invite à prendre de la hauteur, au sommet de la baie de Guanabara, sous un soleil brûlant et un vent léger, pour contempler ce qu’il conçoit comme un véritable essai artistique.

Eco da Baía, c'est aussi l'occasion de s’interroger, poser avec justesse les questions identitaires essentielles à la construction de soi. À travers cet objet musical, Tiago Caetano ne se contente pas de reproduire. Il questionne, il réinvente, il raconte son univers et celui de tant d’autres qui, comme lui, ont beaucoup à dire au monde, et que le monde devrait entendre. Sa musique n’est pas une berceuse. Elle est un témoignage, le fruit d’héritages immenses.

Dans cette nouvelle rencontre d’Âme à Âme, il a ouvert la sienne d'une rare générosité.

Tiago Caetano - Salvo

Dès les premières secondes de l’album extended et le titre « Um Novo Mundo », on sent cette volonté de nous embarquer en voyage. Il y a ce bruit de ce train qui passe. Ça m’a attrapé. J’ai tout de suite été pris dans une douceur assez indescriptible. Où est-ce que tu as enregistré ça ?

J'ai enregistré ce son chez mes grands-parents au Portugal, à côté de Caxarias, une petite ville au centre du Portugal. J'étais avec Sasha (LaBlue.), le gars qui produit la musique avec moi et qui est aussi mon claviériste. On était chez mes grands-parents pour une petite résidence. On enregistrait ce morceau là-bas et on s'est dit : « Viens, on enregistre des bruits de la ville ». J'adore faire ça dans les morceaux. Je trouve que ça fait du bien. Le son qui nous entoure est aussi un instrument.

C'était important pour toi de l'enregistrer au Portugal ou c’était un pur hasard ?

Je trouve ça cool quand on enregistre quelque chose, d'être en lien avec l'environnement dans lequel tu es et essayer de rajouter des détails assez uniques. C'est comme en arts plastiques quand tu es au collège, tu fais avec ce que tu as.

Ton album s’illustre dans le genre de la MPB donc la Musique Populaire Brésilienne. Quelle importance ce genre musical prend dans ta vie ?

Depuis que je suis enfant j'en écoutais par ma mère. Elle en écoute naturellement parce qu'elle a grandi au Brésil, à Rio dans les années 70, où il y avait une grosse émergence de la musique MPB. Moi, j’écoutais surtout Gilberto Gil, mais sans vraiment y faire attention, c’était une écoute assez passive. En grandissant, je me suis rapproché de mes origines et j’ai essayé de mieux me comprendre. Comme j’étais déjà musicien, ça m’a encore plus rapproché de ces musiques, qui sont très riches. Avec le temps, j’en ai écouté de plus en plus avec elle. C’est devenu une vraie partie de ma vie et aujourd’hui, c’est presque la musique que j’écoute tout le temps.

Est-ce que redonner une place importante à cette musique dans ta vie est aussi lié au moment où tu as compris que la MPB était une musique de résistance ?

Oui, je pense qu'il y a un truc comme ça. J'ai eu de la chance d'avoir des parents qui m'ont sensibilisé depuis l'adolescence. La musique, je pense qu'il ne faut pas être naïf, c'est quelque chose de politique. Même quand les paroles ne sont pas forcément liées directement à la politique, c'est quelque chose de politique.

"Je pense par exemple que c'est important pour les enfants d'immigrés comme moi, de chanter d'autres langues que de l'anglais et de s'approcher aussi de la culture dont on vient. "

C'est un moyen d'expression. C'est une manière de faire de la politique. La MPB, dans les années 70, en pleine dictature, c'était une manière pour les gens de se retrouver, d'écouter de la poésie. L'art, de toute façon est un moyen de rassembler des gens qui échangent des pensées politiques et la MPB a ce pouvoir-là évidemment.

Tiago Caetano - Constelação

Après avoir commencé la musique sous le nom de Niteroy, tu as aujourd’hui fait le choix de poursuivre en utilisant le nom de famille de ta mère : Caetano. Qu’est-ce que ce choix signifie pour toi à ce moment précis de ta vie ? Est-ce que tu le vis comme une vraie rupture avec le passé ou plutôt comme une continuité ?

Il y a eu une fracture parce que je n'avais plus envie de me cacher derrière un pseudo, même si ce pseudo avait du sens et qui symboliquement était fort parce que Niterói est la ville juste à côté de Rio, où mes parents se sont rencontrés. J'avais tout simplement envie d'accrocher mon projet à mon nom, à mon identité brésilienne. Donc, avec le nom de famille de ma mère, je trouvais que ça avait plus de sens. Même artistiquement, je pense que j'avais la maturité pour recommencer à zéro et faire un truc qui me ressemble le plus, qui était plus sincère. J'avais un besoin de renouveau dans ma vie.

Caetano est ton nom légal ?

Non c’est le nom de ma mère.

Pourquoi n’as-tu pas pris le nom de ton père, finalement ?

La MPB, c'est de la MPB. Et la MPB c’est brésilien. Puis moi, quand je parle portugais, je parle portugais-brésilien.

À la maison, vous parlez les deux langues ?

Non, parce que mon père ne parle que très peu portugais. Il fait partie de cette génération de Portugais qui a émigré début 70. Il est arrivé à trois, quatre ans en France. Il a grandi en Bretagne à côté de Rennes. Mon père a donc passé quasiment toute sa vie en France. Il allait évidemment tous les ans comme tous les Portugais au bled. De ça, mon père ne me parlait pas le portugais du Portugal. Je pense même qu'aujourd'hui, il a plutôt un accent brésilien. En revanche, avec ma mère, je parle tout le temps portugais. Elle est arrivée à 24 ans en France. C’est une relation et une histoire très différente.

Avec ce mélange culturel, les vacances d’été du petit Tiago se passaient où ?

C'était entre le Brésil et le Portugal, mais beaucoup au Portugal.

Pour une question de proximité aussi, peut-être ?

Oui, parce qu'on pouvait aller en bagnole, c'était beaucoup plus simple. On se rejoignait toute ma famille, c'était un moment de rassemblement. C'était vraiment comme on peut imaginer, une petite maison qui s'est agrandie au fur et à mesure. C’est l’endroit d’ailleurs où j’ai enregistré « Um Novo Mundo ».

Tous les ans, on descendait en voiture. Tu avais tous les Marocains avec nous sur les routes. On se séparait à un moment en Espagne et j'ai des souvenirs de fou où on mangeait avec des familles sur des aires d'autoroute avec lesquelles on se partageait de la nourriture. On faisait ce voyage très souvent avec mes grands-parents pour arriver dans cette maison où il y avait tous les arbres fruitiers. C'est ça vraiment le concept de retourner au bled.

Evan Lunven Ⓒ

Tu t'offres encore des moments comme ça ?

Ouais, carrément. Il y a quelques années, ma sœur s'est mariée là-bas. On a encore énormément d'attache avec ce pays-là.

Et au Brésil, un peu moins ?

Quand je peux, oui. Ces dernières années, j’y vais tous les ans, aussi en lien avec mon travail. La personne qui a mixé mon album est brésilienne. J’y ai fait une tournée en octobre dernier et j’ai aussi toute la famille de ma mère là-bas. Je me sens vraiment très bien au Brésil.

Quasi en pleine tournée au Brésil, tu nous lâches une version extended de ton album Eco da Baía. Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cette version étendue en 2025 ?

Ce sont des morceaux en général que j'avais déjà en démo sur mon ordi, mais ce n’étaient que des toutes petites démos. La version originale de l'album est sortie en novembre 2024. Puis, en janvier 2025 on est allé au Portugal avec Sasha et à ce moment-là, on a composé un nouveau morceau qui est donc « Um Novo Mundo » et les autres c’étaient des trucs que j'avais vraiment dans mon ordinateur. En plus, j’étais satisfait de l’album et de sa trajectoire, on s'est dit avec le label (Yotanka Records) que ce serait cool de fêter le premier anniversaire de l'album avec une extended de ce qu'on avait créé en Portugal. Donc on est retourné en studio avec Sasha et on a tout enregistré.

Donc en fait c'est vraiment un réenregistrement total ?

Complètement ! On a enregistré des nouveaux morceaux. On a enregistré des batteries à Paris, dans un studio qui s'appelle CBE, et après on a fait le reste chez Sasha comme il a un studio chez lui.

Tiago Caetano - Só Quero Viver

Et de quoi est né l’album initialement ?

J’avais envie de faire un album de MPB moderne. C’était vraiment l’ambiance qu’on avait en tête avec Sasha. L’idée, c’était de rendre hommage à une ville, à Niterói, qui est aussi mon ancien projet.

L’image qui nous guidait, c’était une vue sur Rio. On voulait que cette musique puisse résonner dans la baie, avec quelque chose de très solaire, mais aussi nostalgique, presque crépusculaire. On utilisait souvent ce mot-là. Crépusculaire et solaire en même temps. C’est vraiment l’image de la baie de Guanabara, celle qui sépare Niterói de Rio.

À Niterói, il y a un point de vue qui s’appelle le Parque da Cidade. De là-haut, la vue sur Rio est incroyable. Je lui montrais souvent des vidéos pour qu’il puisse s’imaginer ce coucher de soleil précis, un peu crépusculaire, à cet endroit-là.

Ça nous permettait de nous recentrer sur...

La musique que vous vouliez créer ?

Sur l'émotion qu'on voulait que les gens ressentent en un bout de disque. On a composé 20 morceaux pour en enregistrer que 9. On avait vraiment plein de morceaux et on essayait de trouver ceux qui étaient les plus cohérents entre eux.

Justement, d'ailleurs, c'était aussi un des sujets que je voulais aborder. L’album c'est vraiment un mood. C'est vraiment la piste son que tu écoutes sur la terrasse de ta grand-mère un dimanche après le repas en famille. Ce son qui tourne en fond et est présent durant les moments de partage.

Moi je l'imaginais vinyle, donc j'ai créé un objet. T'as envie d'être dans ce mood, t'as envie de...

Créer une ambiance sonore..

Étant très fan des disques avec une ambiance comme ça, c'est carrément mon truc. J'adore poser un vinyle et qu'il te fasse voyager, c'est ma manière de faire de la musique.

En plus, pour le coup, il y a 11 sons et finalement on a l'impression qu'il y a une seule piste.

C’est cool parce que c’est exactement l’effet qu’on voulait. Et ça passe par un vrai travail de resserrement en composition, par des choix entre les morceaux. Tu peux toujours réarranger, faire en sorte que ça fonctionne, mais l’idée, c’était surtout de créer une vraie cohérence, notamment dans les paroles.

Dans l’écriture, j’avais envie de parler de choses liées au rêve, des astres, de moments, avec l’impression que quelqu’un raconte son rêve. Je suis très attaché à cette culture du rêve, à la dream pop, à ces musiques avec lesquelles j’ai grandi, en écoutant beaucoup d’indie pop. Et puis il y a aussi beaucoup d’amour, des thèmes de liberté, ce genre de choses.

Et finalement, toi, quelle image aujourd'hui as-tu de Rio ? Quel est le rapport que tu as avec cette ville ?

Je pense que j’ai un autre rapport aujourd’hui, surtout depuis que j’ai fait une tournée au Brésil et que j’y ai passé pas mal de temps. J’ai l’impression de m’être beaucoup plus approprié la ville. Avant, pour moi, c’était surtout un lieu de vacances. J’y allais enfant avec mes parents, c’était « on va au Brésil, on va voir la famille ».

Et tu arrivais quand même à te sentir brésilien ?

Ouais. C'est la chose que j'avais du mal avant à intégrer. Et j'ai eu beaucoup de ces discussions-là avec des amis, enfants d'immigrés. De se demander : « À quel moment tu te sens légitime ? À quel moment tu te sens brésilien ? » J’en parlais l’autre jour avec ma bassiste arménienne. C'est une vraie question. Je pense que dans ma vie, il y a un moment où j'ai beaucoup trop essayé de me canaliser. Aujourd'hui, je me rends compte… Est-ce qu'on a besoin d'appartenir à 100% ? En fait c'est beaucoup plus simple que ça. C'est : « Est-ce que tu sens brésilien oui ou non ? » et moi, oui, je me sens brésilien. Ce sont des petites choses du quotidien en fait. Ce n’est pas qu’avoir un passeport. Je ne me suis jamais autant senti brésilien que quand j'ai fait ma tournée là-bas.

Evan Lunven Ⓒ

Comment tu le vis de chanter sur scène dans ta langue maternelle ? Il y a quand même très peu d'artistes en France qui chantent en portugais. Est-ce que tu sens qu'il y a : toi et les autres ?

C'est un microcosme d'artistes.

Comment arrives-tu à te retrouver là-dedans ?

C’est un peu une lutte psychologique pour beaucoup d'artistes. Pour les artistes qui sont dans des niches, c'est très compliqué parce qu'il faut quand même rentrer dans un monde. Si tu veux vivre de ta musique, tu es obligé de jouer un peu le jeu de l'industrie musicale. Il faut que tu aies un retour sur investissement. Mais en ce qui concerne la musique brésilienne, avant, j'habitais à Rennes. Et c'est très compliqué à l'échelle de Rennes de développer... Déjà parce que d'un point de vue industriel, la France est hyper centralisée. L'art est quand même très centralisé sur Paris. J’ai jamais eu autant d'opportunités de travail et de projets maintenant que je vis ici.

Rennes en plus c'est très rock...

Rennes ouais, bien sûr. C'est un héritage très rock, et c'est devenu très musique électronique aussi depuis une dizaine, quinzaine d'années. En arrivant à Paris, j'ai rencontré plein d'artistes comme moi, qui étaient brésiliens ou franco-brésiliens. J’ai eu de la chance d'avoir des accompagnements. Je suis un peu structuré, j'ai une asso, je travaille avec un label, un tourneur...

Et c'est facile de défendre ce projet-là au près d'un label ?

Ce n'est pas facile, non. J’ai eu de la chance de trouver rapidement. Je pense que c'est du timing.

Tu penses vraiment que c'est de la chance ?

Je pense que c'est de la chance. J'ai envoyé trois mails, au bout de trois mails j'ai trouvé un label. Je pense que ça arrive à très peu de personnes. Et au moment où j'ai trouvé mon label, mon projet c'était Niteroy. Pour moi, je n'avais pas atteint ma maturité artistique. Quand j'ai fait Niteroy, il y avait une proposition, mais elle n'était pas encore aboutie.

C'était trop prématuré ?

Ouais je pense que c'était trop tôt. À l'époque je composais, mais j’étais encore dans l'apprentissage. C’est un peu comme si j'étais encore étudiant.

Puis avec Eco da Baía, tu as aussi fusionné l’album avec ton histoire.

Je pense que mon histoire a commencé quand j'avais déjà créé Niteroy. Niteroy, c'était les premières fois où je chantais en portugais et ça m'a rapproché de ma mère. Je commençais à parler sans cesse en portugais avec elle.

Tiago Caetano - Só Quero Viver (Acoustic @Botafogo)

Ce n’était pas le cas avant ?

Plus jeune avec mes parents, je ne parlais jamais portugais. Et puis un jour, je leur ai fait écouter mes musiques. Je chantais en portugais et ils ont été très étonnés, mais surtout agréablement surpris. Ils se sont dit « ah super, notre enfant veut faire de la musique brésilienne ». Je pense que tout ça était lié à des peurs, à des choses un peu plus profondes.

Des peurs liées à quoi ?

Des peurs de parler portugais, de me tromper, de faire des erreurs, parce que j'ai toujours grandi en France, j'ai toujours fait des petites erreurs de portugais.

Tu sentais une pression sur tes épaules ?

Je me suis mis une pression, j’avais le flambeau et le poids de toute la musique brésilienne. D’ailleurs on parlait du concert à L'Archipel et pour ce concert, la première partie c'était Marco Ferreira, j'avais une guest sur un des morceaux qui s'appelle Céline Dessberg qui est une artiste formidable et qui est mongole, puis il y a avait aussi ma bassiste arménienne Alice Chahbazian. On était tous autour de la table et on se demandait comment on vit nos origines. On s’est rendu compte qu’on a tous des micros complexes au niveau de la manière de parler, de nos accents…

Est-ce que tu arrives à identifier d'où viennent ces complexes ?

J’arrive à identifier. Je pense que ça ne vient pas du côté brésilien, parce que ma mère a toujours été très fière d’être brésilienne. Je pense que ça vient d'un contexte lié au traumatisme de l'immigration des immigrés portugais. Je sais que mes grands-parents ont toujours eu ce truc de se faire très discret, de s'effacer, d'essayer de rentrer dans le moule très français.

Comment va se poursuivre l'aventure, l'histoire, jusqu'où va aller cette quête ?

Je commence à écrire des textes en français, à mélanger les langues, à faire un truc... Je sens que ça mène à des choses intéressantes artistiquement, ça me donne des choses intéressantes dans mon évolution en tant que personne. Avant je faisais ma musique et quand je voulais faire ma promotion avec Niteroy par exemple, je disais juste « Ma mère est brésilienne, mon père est portugais », j'allais pas plus loin. Et là, je peux m'étaler, j’ai envie de parler de tout ça. J'ai déjà reçu des messages de gens qui disent : « Ah, j'ai entendu ton interview et tu parles de ça, je me suis tellement reconnu là-dedans. » Et ça, ça m'a fait trop du bien d'entendre de la part de personnes qui sont aussi de l'immigration, parce qu'il y a beaucoup de gens qui malgré l’inconscience, ont des questions, mais ne savent pas forcément mettre des mots dessus. Je ne veux pas être le porteur d'une banderole. Mais c’est aussi une manière de lutter contre l'extrême droite.

Quel serait le message à retenir ou ce que tu as vraiment voulu exprimer dans cet album quand on se dit tout ça ?

C’était quelque chose de très personnel, c'est comme un essai. C'est de la musique brésilienne à la sauce française, d'un jeune homme qui a grandi à Rennes et qui a voulu un jour dans sa vie faire quelque chose en rapport avec ses origines. C'est un essai quoi, c'est juste un essai. C'est pas de la musique.

C'est vraiment juste un - essai - pour toi cet album ?

Je pense que tous les albums sont des essais, sauf quand tu as une industrie qui va te mettre la pression pour que tu fasses un style. Là ce n’est pas un essai, c'est calculé, c'est aller dans le sens d'un truc industriel, de la vente.

Quand je dis un essai, c'est quand tu essaies de faire quelque chose et que tu as une certaine liberté dans ce que tu fais. C'est une chose que certains majors ne font pas. Ils vont essayer de faire en sorte qu’une personne fasse pile l'album pour vendre des disques et vendre des places de concerts, et là je ne considère pas que c'est un essai. Je considère que c'est un truc industriel. Je suis très content de faire ça et de défendre la musique indépendante, c'est magnifique. Allez défendre les artistes indépendants !!

Evan Lunven Ⓒ

Je pense que c'est la partie où on va laisser un peu son identité on va dire « originelle » pour une adaptation dans le pays d'accueil. La France est un pays qui a une histoire avec l'immigration aussi. Je trouve ça hyper intéressant la discussion qu'on a eue avec ces musiciens dans les loges du concert et je leur ai dit qu’on devait en faire un podcast. Ce sont des sujets qui sont beaucoup trop intéressants.Y’a beaucoup trop de gens qui ont des origines étrangères à Paris ! Laissons-les s’exprimer et faire des trucs en rapport avec ça parce que moi ça me fait tellement du bien dans ma vie de le faire à travers l’art !! J’ai l'impression d'avoir trouvé un cheat code. L'impression que c’était une quête non avouée.

"Les gens n'en parlent pas clairement, mais quand tu quittes ton pays et que tu fuis une dictature, que tu fuis la pauvreté, mine de rien, t'as des stigmates de tout ça."

Evan Lunven Ⓒ

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